À l’École de la Paix, avec Saint François d’Assise !

Durant le temps que j’ai passé dans le Nord-Ouest du Cameroun, une des régions meurtries par une guerre sans queue ni tête, je fus énormément touché par le sourire des gens qui malgré les difficultés, n’ont eu d’autre choix que d’y rester. Au milieu d’une situation qui aurait dû assombrir mon cœur, je fus étrangement émerveillé par la joie, mais surtout la paix qui émanait de ces personnes que je croisais chaque jour. De là a commencé tout un questionnement…

Comment faisaient-ils pour rester si calmes, si apaisés au milieu des coups de feu et des interminables injonctions du gouvernement et des rebelles ? Il m’est souvent arrivé de prêcher sur la paix que procure la foi au milieu du chaos. Mais c’est au milieu de mes frères et sœurs du Nord-Ouest que pour la première fois, j’en fis l’expérience concrète.


“La Prière de la Paix”

Dans tout le diocèse de Kumbo où je me trouvais, je fus frappé du fait qu’à la fin de toutes les messes, l’on récitait la “Prière de la Paix” attribuée à Saint François d’Assise. Je dis « attribuée » car il ne l’a en réalité pas écrite. Datant du XXe siècle (sept siècles après sa mort), elle fut dès ses origines, associée à la spiritualité franciscaine, faisant désormais partie intégrante de notre patrimoine.

Aujourd’hui, cette prière porte les espoirs des habitants des régions anglophones du Cameroun. Des supplications qui furent l’objet d’une soirée d’adoration à la Cathédrale de Kumbo, animée par mes frères et sœurs franciscains. Au cours de cette soirée, le Père Peter Ghani prêcha sur le sens de cette prière. Une prédication qui m’inspira la réflexion suivante…

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix

Ainsi commence la prière. Le but est clair, faire de chacun d’entre nous des instruments de paix. Cette paix, ne se construit pas en tournant le doigt vers l’autre, mais en regardant vers soi et en se demandant : « comment puis-je contribuer à bâtir la paix ? » En d’autres termes, il n’y a pas de chemin de paix véritable qui ne se construise sans que chacun accepte de détruire tout ce qui en lui/elle, s’oppose à la paix. « Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. » (Mc 9,43-44)

Là où est la haine, que je mette l’amour

Photo : Ester Marie Doysabas 

La première chose qui entrave la paix, c’est le ressentiment ! Je garde facilement dans le cœur les choses qu’on me fait subir. Parfois consciemment, parfois non. Le cœur humain est en effet prompt à se souvenir. Ainsi, si nous ne faisons pas le choix conscient de nous souvenir du bien plutôt que du mal, de nous souvenir de Dieu plutôt que du Malin, nous laisserons la graine du ressentiment s’installer en nous. Seul le fait de désirer le bien de l’autre, même lorsqu’il nous cause du tort, peut nous tirer de l’abîme de la haine. L’amour n’est pas qu’un sentiment, mais un choix quotidien !

Là où est l’offense, que je mette le pardon

Le pardon était une vertu importante pour Saint François d’Assise. Lorsqu’il finit de composer son plus grand poème – “Le Cantique des Créatures” – il le mit à jour vers la fin de sa vie pour y ajouter « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi… ». Le pardon est un acte difficile ; pour quelqu’un comme moi qui, comme je le disais plus haut, est enclin à garder rancune, le pardon est particulièrement difficile. Et pour une personne qui a subi une injustice grave, le pardon semble presque une insulte ! Mais le pardon est d’abord un médicament pour soi, avant d’être un acte d’amour pour l’autre. Lorsque je ne pardonne pas, je laisse le péché de l’autre devenir un fardeau pour moi, un fardeau qui me tire vers le bas plutôt que de m’élever. Mais lorsque je pardonne, je redonne le pouvoir de ma vie au Seigneur et je désarme l’ennemi. Y a-t-il meilleur moyen de bâtir la paix ?

Là où est la discorde, que je mette l’union

Photo : Camylla Battani 

L’Homme de Paix ne peut être indifférent face à l’injustice ! Dans les moments de graves injustices, l’indifférence devient une approbation tacite. Nos actions quotidiennes doivent servir à construire des ponts, des canaux de communications, des terrains de dialogue et d’entente, plutôt qu’à servir à plus de polémique ou de division. Notre intention en toute chose doit être de construire, d’élever l’âme des Hommes plutôt que de rabaisser et de séparer.

Là où est l’erreur, que je mette la vérité

Une unité sans la vérité conduit au mieux à une paix superficielle, éphémère, et donc en réalité irréelle. Les erreurs idéologiques et philosophiques de notre époque sont de grandes sources de détresse intérieure et sociale. La paix véritable n’est pas l’ennemi de la vérité, mais sa résultante.

Nous ne pouvons pas construire de paix véritable si nous ne sommes pas prêts à nous sacrifier, par amour, pour ce qui est vrai : « vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » dit le Seigneur (Jn 8,32). Si nous sommes asservis au mensonge pour avoir la paix, non seulement nous serons misérables intérieurement, mais nous n’aurons guère de paix.

Photo : Nathan Dumlao 

Là où est le doute, que je mette la foi

L’incertitude est source de désarroi pour beaucoup, surtout dans un monde pluraliste (philosophiquement et théologiquement) qui nous assène avec ce que le Pape Benoît XVI appelait « la dictature du relativisme ». Bien que le but de cette idéologie fût de construire un monde de tolérance et de paix, sa conséquence inévitable a été une perte de repères pour les Hommes, un manque de paix intérieure qui conduit à un chaos à l’extérieur. Savoir accompagner les personnes qui doutent vers le socle solide de la foi est aujourd’hui, je pense, la tâche de tout un chacun.

Photo par Tyler Nix sur Unsplash

De ma maigre expérience, cela se fait au moyen de l’amitié sincère et de l’exemple personnel. Comme disait le Pape St Paul VI, « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres… ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins » (Evangelii Nuntiandi, 41). Personne ne veut avoir l’impression d’être un projet sur lequel on travaille pour le/la mener à la foi ; mais si nous développons des amitiés authentiques et désintéressées, nous pourrons ouvrir la voie à l’Esprit qui transforme les cœurs.

Là où est le désespoir, que je mette l’espérance

Le désespoir apparaît lorsque nous ne voyons plus d’issue possible à une situation ; c’est un sentiment de défaite généralisée qui nous rend amorphe face à une difficulté. L’espérance quant à elle n’est pas un vœu pieux que la situation eût été différente, mais la certitude qu’au-delà de la détresse présente, au-delà de l’apparente défaite, nous avons en réalité la victoire en Jésus-Christ. Ainsi, la vraie espérance ne naît que chez ceux qui prennent le temps de se remémorer constamment l’histoire du salut ; et il n’y a pas de mémorial plus grand et plus efficace que la célébration de l’Eucharistie. C’est pourquoi, je pense, les populations du Nord-Ouest que j’ai rencontré restent très attachées à la célébration de l’Eucharistie : jeunes, vieux, et plus jeunes, tous venaient élever leurs prières en semaine comme les dimanches, car en ce lieu sacré, ils se souviennent de la victoire octroyée par Jésus-Christ.

Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière

Photo par ivyleaguevillager sur Unsplash

Rien de plus basique que ceci, et pourtant pas toujours facile à vivre. « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde » dit Jésus (Mt 5,13-14). Nous ne pouvons pas vivre notre foi en restant cachés, en secret comme si elle n’avait pas d’importance pour le monde. Nous ne faisons pas partie d’une religion secrète, mais nous suivons le Dieu qui n’a de cesse de se révéler aux Hommes, de se montrer publiquement à tous ! C’est aussi un devoir d’amour de vivre notre foi ouvertement, car si nous croyons vraiment ce que nous professons et que tout cela est bon pour l’humanité, pourquoi ne voudrions-nous pas partager cela avec les autres ? Ne désirons-nous pas leur bien aussi ? Soyons des lumières !

Là où est la tristesse, que je mette la joie

La dernière invocation de cette première partie de la prière demande au Seigneur de faire de nous des personnes de joie. Cela fait écho à l’exhortation de St Paul aux Philippiens : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous. » (Ph 4,4) La joie ici n’est ce sentiment de bonheur qui nous met un constant sourire aux lèvres, mais plutôt une réalisation constante que malgré toutes les situations, Dieu demeure avec nous. C’est la pleine reconnaissance que Dieu est à nos côtés pour partager nos peines et nos bonheurs, nos fardeaux et nos cadeaux. Cet être de joie saura toujours vivre dans la paix intérieure et la partager avec le monde.

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Photo: Sandi Mager 

Chacun d’entre nous a besoin de cette sagesse, pour redécouvrir la paix intérieure véritable, même au milieu des adversités ! Pour conclure cette méditation, je vous laisse les derniers mots de la prière pour la paix :

Ô Seigneur, que je ne cherche pas tant

À être consolé qu’à consoler

À être compris qu’à comprendre

À être aimé qu’à aimer.

Car c’est en donnant qu’on reçoit,

C’est en s’oubliant qu’on se retrouve,

C’est en pardonnant qu’on est pardonné

C’est en mourant qu’on ressuscite à la vie éternelle.

Amen !

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