Babel, la Pentecôte et l’Unité dans la Diversité.

Il y a quelques temps, des amis m’invitaient à prendre part à leur podcast pour apporter ma perspective sur les religions ; notamment mon regard sur le christianisme vis-à-vis des cultures africaines. Grand sujet ! Cependant, je suis reconnaissante pour cette opportunité car en préparant mon intervention, j’ai pu moi-même apprendre avec l’Esprit-Saint des choses inouïe ! Ce fut le lieu d’une redécouverte anthropologique qui me fit réaliser que Dieu était le véritable auteur de la diversité; la diversité culturelle qui plus est. À la question “Seigneur que nous dis-tu de la culture?” je fus emmenée à relire le récit biblique de la Tour de Babel... Un évènement dont j’aimerais vous livrer les trésors et les leçons…

« Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres. Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre; et ils cessèrent de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre. » – Genèse 11 : 6-9

Notre histoire commence au chapitre 11 de la Genèse. Nous sommes après le déluge ; au moment où les terres sont de nouveau habitables et le premier verset de ce chapitre nous souligne que tous les habitants parlaient la même langue (« Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. » – Gn 11,1).

Il régnait donc une certaine “unité”. Cependant, ils décidèrent d’entreprendre un projet assez particulier : « Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre » (Gn 11, 4). Ce projet ambitieux nous révèle un aspect pervers de l’unité. En effet, ces humains, forts de l’homogénéité choisissent de se murer littéralement dans l’entre-soi ; de se replier complètement sur eux-même. Un projet qui cache une volonté de toute-puissance, de contrôle et de vaine gloire motivé par la peur. Peur de la dispersion et de l’extinction…

Ce projet de Babel, il faut l’avouer n’est pas que la réalité d’une époque lointaine. On peut en déceler les traces encore aujourd’hui dans nos sociétés, derrière la tentation de la pensée unique, du repli sur soi, du conformisme, les volontés hégémoniques et le désir de n’exister que par soi-même. Néanmoins, devant la folle ambition des conspirateurs de Babel, l’Éternel intervient afin d’accomplir un autre dessein. Il confond leur langage et disperse les humains sur toute la surface de la terre.


Petite, j’interprétais cette réaction du Seigneur comme une punition. Cependant, en relisant ce passage, une autre perspective me fut donnée. En effet, il est intéressant de noter que le mot Babel a une double étymologie. En hébreu, Babel signifie “confusion” ; néanmoins, en akkadien il signifie aussi “porte de Dieu». Voici la nouvelle lumière ! Ces deux significations révèlent qu’en vérité, le sens de cette initiative divine, loin d’être une punition, est une démarche de Salut pour l’humanité ; une porte pour nous mener vers Lui, donc vers le mystère de la communion véritable ! Lorsque Dieu disperse les êtres humains et crée ainsi la diversité linguistique, il divise pour multiplier. Son but est de sauver l’homme de la stérilité du “même” et nous ouvrir à la fécondité que permet l’altérité. La véritable unité est la communion dans la diversité !

L’altérité nous permet de grandir ; de nous élever. À travers la différence, le Seigneur nous réintroduit dans le mystère de notre humanité et de notre vocation qui est d’être l’image de la Sainte Trinité, elle-même communion de Trois Différentes Personnes. Ce dessein divin se donne à contempler à la Pentecôte !

En effet, après l’oeuvre de la croix qui nous réintroduit dans l’amitié de Dieu, le Saint-Esprit qui est le flux d’amour qui unit le Père et le Fils, vient introduire les croyants dans le cœur de Dieu, par delà les différences culturelles et ethniques. D’ailleurs, cela est exprimé avec éloquence en Actes 2:8, « chacun de nous les entend dans sa langue maternelle ». Un miracle qui illustre cette expression bien connue : « L’Esprit est Un ! ». De plus, étant donné que les mots “culture” et “culte” portent la même racine, on pourrait dire à la lumière de la Pentecôte que toutes les cultures sont invitées à devenir louanges de Dieu; à être des civilisations de l’amour.

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En définitive, parce que la Pentecôte marque l’envoi en mission des apôtres, elle nous rappelle que la mission de l’Église (et donc de chacun de nous) n’est pas de rester repliée sur elle-même, mais d’être au contraire un signe de l’amour de Dieu au milieu du monde par l’ouverture aux autres, en accueillant et cultivant les différences comme autant de chemins, de portes qui nous révèlent Dieu. Alors qu’aujourd’hui la fraternité est mise à mal et que les questions culturelles, ethniques ou raciales agitent la société, prions le Seigneur de guérir les blessures causées par la culture du “même” et le refus de la différence. Qu’en cette Pentecôte, le Saint-Esprit puisse davantage nous unifier intérieurement et pacifier nos relations avec nos frères et sœurs en humanité, afin que nous puissions répondre à notre appel à la communion dans l’altérité, à l’image de la Sainte Trinité. Amen !


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Photo par Mosa Moseneke sur Unsplash

2 comments
  1. Très bel enseignement, très belle révélation! l’unification dans la différence, magnifique Esprit-Saint!

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